Panpan cucul

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Ceux d’entre vous qui lisent Vigousse auront peut-être eu connais­sance de cette nou­velle, parue en page 11 de l’édition du 18 octobre du petit sati­rique romand: «les acti­vistes de Slut­walk ont remis une Palme, dans la caté­go­rie ‟jour­na­lis­teˮ, a Patrick Morier-Genoud. Son blog sur le site de L’Hebdo ‟pri­vi­lé­gie le fan­tasme mas­cu­lin au détri­ment de la réa­li­té du violˮ.»
Sur­pris par cette nou­velle (avais-je tel­le­ment bu lors de la céré­mo­nie que je ne m’en sou­ve­nais plus?), j’ai véri­fié l’information. «Vigousse vous a mal ren­sei­gné. Nous ne vous avons pas remis de Palme, mais vous avez été nomi­né (féli­ci­ta­tion!) en caté­go­rie jour­na­lis­tique. C’est Joys­tick qui vous a volé la palme pour son article sur Lara Croft», m’ont répon­du les slut qui walk.

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Culture du viol

Ceci étant pré­ci­sé, voi­là com­ment ces dames me pré­sentent dans la liste des nomi­nés aux Palmes de la culture du viol. «Patrick Morier-Genoud (PMG) est jour­na­liste, ‟pas­sion­né de sexeˮ et blog­ger affi­lié au site du maga­zine ‟L’Hebdoˮ. Pour PMG, la sexua­li­té est l’affaire de dési­rs réci­proques conçus à par­tir d’un œil uni­que­ment mas­cu­lin. Ain­si, le blog­ger  s’étonne que lorsqu’un incon­nu aborde des femmes dans la rue pour leur deman­der si «elles veulent cou­chez avec lui», ces der­nières refusent sys­té­ma­ti­que­ment et s’effarouchent. Il écrit : ‟j’ai sou­vent rêvé qu’une femme m’aborde et, sans pré­li­mi­naires, me demande si je veux cou­cher avec elle. Vous ima­gi­nez com­bien cela serait sym­pa­thique si tous et toutes nous allions ain­si droit au but?ˮ Oui mon­sieur. Sauf que la situa­tion inverse n’est abso­lu­ment pas équi­va­lente. Dans un monde où une femme sur dix est vio­lée, ce qu’une femme res­sent lorsqu’un incon­nu l’aborde pour lui faire une pro­po­si­tion sexuelle, c’est avant tout de la peur. En tai­sant cette dimen­sion, vous pri­vi­lé­giez le fan­tasme mas­cu­lin au détri­ment de la réa­li­té du viol.»

Les slut qui walk ont voulu me donner la fessée. Je n'aime pas ça.
Les slut qui walk ont vou­lu me don­ner la fes­sée. Je n’aime pas ça.

Me voi­ci donc accu­sé de par­ti­ci­per à la culture du viol pour avoir osé par­ler de la liber­té réci­proque et par­ta­gée d’aborder fran­che­ment le sexe. Mais c’est vrai, j’oubliais: «pour PMG, la sexua­li­té est l’affaire de dési­rs réci­proques conçus à par­tir d’un œil uni­que­ment mas­cu­lin». C’est exac­te­ment ce qu’on appelle un pro­cès d’intention, un pro­cès en sor­cel­le­rie.
Les slut qui walk ont jugé, sur la seule base d’un billet de mon blog, ce qu’était pour moi la sexua­li­té. Réduc­teur? A peine. Sur­tout, chères wal­king slut, que je ne me suis jamais éton­né de la réac­tion des femmes dont parle le billet incri­mi­né. Reli­sez-le.
Et oui, mon œil et moi sommes de genre mas­cu­lin. La vision du vôtre serait-elle limi­tée par des œillères? Si vous deviez réel­le­ment pen­ser qu’avec mon blog je par­ti­cipe à «la culture du viol», j’en vien­drais à dou­ter de votre appré­cia­tion de cette épou­van­table réa­li­té et de votre capa­ci­té à la com­battre.

Prochaine rencontre

Cette dis­cus­sion, j’espère bien l’avoir de vive voix avec les dames qui marchent. C’est en tout cas ce que nous nous sommes pro­po­sé lors d’un échange de mail dénué, de part et d’autre, d’acrimonie. Je me réjouis beau­coup de les ren­con­trer.

Quand on me claque la fesse droite, je ne tends jamais la fesse gauche.
Quand on me claque la fesse droite, je ne tends jamais la fesse gauche.

Et du côté de Vigousse?

Je connais bien la rédac­tion en chef du petit sati­rique romand. J’ai tra­vaillé au Matinavec Bar­rigue (quand on se croise, on s’embrasse) et Roger Jau­nin, et j’ai de nom­breux amis com­muns avec Laurent Flutsch. Je leur ai donc envoyé le cour­rier ci-des­sous :

Bon­jour Thier­ry, bon­jour Laurent, bon­jour Roger,

Sur­pris d’apprendre dans vos colonnes qu’une Palme m’avait été remise par «les acti­vistes de Slut­walk» (avais-je trop bu lors de la remise de cette palme et tout oublié? avais-je pen­sé à remer­cier ma maman, comme cela se fait lors de ce genre de céré­mo­nie ?), j’ai fait un truc tout con, j’ai véri­fié l’information, direc­te­ment à la source.

Eh bien non, aucune palme ne m’a été remise. Si je fai­sais bien par­tie des nomi­nés de la caté­go­rie «jour­na­lisme», c’est quelqu’un d’autre qui a été dis­tin­gué.

Tou­jours curieux d’en apprendre sur les méthodes de tra­vail de la presse, j’aimerais vous poser quelques ques­tions. Puis-je?

Pour­quoi m’avoir cité dans votre article, moi plu­tôt que le véri­table pal­mé ou celui d’une autre caté­go­rie?

Parce que mon blog est héber­gé par L’Hebdo?

Parce qu’il vous semble par­ti­cu­liè­re­ment incon­ve­nant, amo­ral?

Parce que j’étais en tête de la liste de la ving­taine de nomi­nés et que votre jour­na­liste s’est arrê­té là?

Parce que je pue des pieds et que mon cas est exem­plaire?

(Cochez la bonne réponse)

Mer­ci d’éclairé ma lan­terne.

Cor­dia­le­ment, et à la revoyure,

Patrick

Ma ques­tion doit être plu­tôt com­pli­quée, à l’heure où je mets ce billet en ligne, les Vigousse n’ont tou­jours pas trou­vé la réponse.

Bettie Page

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J’ai pro­fi­té de ce billet pour pas­ser quelques pho­tos de Bet­tie Page (1923–2008). Je la trouve très belle, sans doute parce qu’elle à l’air inso­lente et insou­mise, même sur les pho­tos de bon­dage. Un film sur elle va bien­tôt sor­tir, je vous en repar­le­rai.

PS: que celles qui vou­draient cou­cher avec moi le dise fran­che­ment et sans détour, je ne le pren­drais pas mal, même si c’est hor­ri­ble­ment mas­cu­lin comme com­por­te­ment. Ce qui ne m’empêche pas de consi­dé­rer le viol, et toute vio­lence faite aux femmes, comme une abo­mi­na­tion.