Ejaculation intellectuelle

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De ma der­nière visite à la librai­rie Humus, j’ai rame­né deux petits livres étranges. Esthé­tique de l’éjaculation et Ona­nisme avec trouble ner­veux chez deux petites filles. Les deux se lisent en moins d’une heure, et s’ils sont étranges, ce n’est pas tel­le­ment par les sujets qu’ils traitent que par la manière dont ils les traitent. Le pre­mier est un essai intel­lo, le second, le compte ren­du des abo­mi­nables expé­riences d’un méde­cin du XIXe siècle.

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Esthé­tique de l’éjaculation, d’Antonio Domin­guez Lei­va, est publié aux Edi­tions le mur­mure et le titre ne laisse aucun doute quant au sujet dont il est ques­tion. Ça ne com­mence pas trop mal: «Au début était le tabou. Le foutre, comme le soleil ou la mort (para­phra­sant la célèbre maxime de La Roche­fou­cauld), ne se pou­vait regar­der en face.» Sauf que lorsqu’il parle de début, l’auteur parle de celui de l’ère chré­tienne, ce qui va dia­ble­ment res­treindre son analyse.
L’église catho­lique, donc, ne conçoit l’éjaculation que dans un but de pro­créa­tion, explique Anto­nio Domin­guez Lei­va, car elle consi­dère que «la semence mas­cu­line, “sub­stance divine”, contient poten­tiel­le­ment l’être humain tout entier». Foutre autre­ment serait un péché et condui­rait l’homme à sa perte. Ce tabou ini­tial, explique l’auteur, a per­du­ré, y com­pris dans la lit­té­ra­ture éro­tique (sauf chez Sade, déci­dé­ment hors normes), où l’on éja­cule prin­ci­pa­le­ment dans le sexe de la femme. Bien, ce n’est pas inin­té­res­sant, bien que déjà connu.

Inter­dit et trans­gres­sion? Bof…
Mais ensuite, ça se gâte. Se can­ton­nant au chris­tia­nisme, on l’a dit, l’auteur n’envisage l’éjaculation que comme un inter­dit ou sa trans­gres­sion. C’est un peu court pour déter­mi­ner une esthé­tique. Et ça lui fait rater son ana­lyse de l’époque actuelle, où le ciné­ma por­no­gra­phique, qui n’est ni chré­tien ni anti­chré­tien, explore le sujet avec un bel enthou­siasme. Si l’éjaculation visible − hors vagin, anus ou bouche − reste un pas­sage obli­gé du por­no clas­sique, il y a aujourd’hui toute une décli­nai­son autour du sperme, qui se déguste de mille manières, pour la plu­part décom­plexées. Mais l’auteur ne sait qu’en faire, obnu­bi­lé par l’ancien inter­dit chré­tien de mon­trer le foutre s’écouler ailleurs que dans le vagin. Il s’embrouille entre fémi­nisme et freu­disme, cite Mil­ler et Bataille (quand en aurons-nous enfin fini avec l’érotisme judéo-chré­tien?), tire à la ligne, encule les mouches.

Do it yourself
Si l’Esthé­tique de l’éjaculation n’est pas un livre inin­té­res­sant, c’est essen­tiel­le­ment dans ce qu’il ne dit pas, dans ce qu’il ne se per­met pas de dire, par ce qu’il nous oblige à ana­ly­ser nous-même.
«Anto­nio Domin­guez Lei­va est écri­vain, pro­fes­seur à l’UQAM et l’auteur de plu­sieurs ouvrages sur, entre autres, l’histoire cultu­relle de la cruau­té et de l’érotisme», est-il expli­qué en qua­trième de cou­ver­ture. Voi­là. La mas­tur­ba­tion intel­lec­tuelle n’est pas un exer­cice désa­gréable, certes, mais elle mène rare­ment à l’éjaculation.
Et pour ce qui est de l’esthétique, je vais me conten­ter pour l’instant de l’image que j’ai en tête, et qui me fait ban­der, d’une vulve brune légè­re­ment éclose d’où s’écoule, nacré, un filet de foutre.

- Robert, tu devrais faire attention, tu t'en ai mis jusque dans le dos!
- Robert, tu devrais faire atten­tion, tu t’en ai mis jusque dans le dos!
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