La vicomtesse, le maître queux et la saucisse

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Une nouvelle d’Anastas de Montslip

Ce récit, où se ren­contrent Sophie Ros­top­chine et Marc Dor­cel, mêle clas­si­cisme pous­sié­reux et perversion.


Vous appren­drez au tra­vers de cette lamen­table et néan­moins édi­fiante his­toire, com­bien un com­por­te­ment dénué de mora­li­té peut infli­ger de souf­frances à des géné­ra­tions entières d’êtres pour­tant des­ti­nés à la piété.
Une fable tout spé­cia­le­ment des­ti­née aux petites sottes et aux jeunes cons, à toutes les pucelles et puceaux écer­ve­lés qui doivent encore prou­ver au monde leur valeur dans cette vie dont ils ignorent tout des pièges sour­nois. Puissent-ils, et sur­tout puissent-elles, y décou­vrir les ver­tus de l’abnégation et le pou­voir divin de la bonne éducation.

Hono­ré-Gon­tran Bel­fiente, Vicomte de Mon­tau­cul et fran­çais de nais­sance, était venu s’établir en Suisse suite à un revers de for­tune qui l’avait ren­du per­so­na non gra­ta sur le sol de sa mère-patrie. Il y avait lais­sé foule de créan­ciers irri­tés et vin­di­ca­tifs. Ses affaires tou­jours flo­ris­santes l’emmenaient doré­na­vant aux quatre coins du monde. Des jungles impi­toyables de l’Afrique aux royaumes san­gui­naires d’Extrême-Orient, des contrées impies de l’Arabie aux ter­ri­toires dégé­né­rés de l’Amérique, le cupide Vicomte tra­ver­sait au péril de sa vie moultes terres bar­bares afin d’accroître encore sa for­tune déjà colos­sale. En effet, le talent d’Honoré-Gontran pour le com­merce, ain­si que sa mal­hon­nê­te­té et son avi­di­té, toutes deux sans bornes, avaient fait de lui un homme immen­sé­ment riche. Las! Cette entre­prise ne lais­sait guère de temps à Bel­fiente de Mon­tau­cul pour trous­ser jus­te­ment son épouse.

La Vicom­tesse ne comp­tait de ce fait plus les mois depuis la der­nière fois où le Vicomte avait dai­gné four­rer son tun­nel d’amour. Elle ne les comp­tait lit­té­ra­le­ment plus, car elle avait beau être gra­cieuse et sen­suelle, elle n’en était pas moins sotte. Dès lors, elle ne savait comp­ter que jusqu’à dix, le nombre de ses doigts. La gour­gan­dine onques ne pen­sa à dénom­brer ses orteils, ce qui lui eût per­mis de comp­ter deux fois plus.
Entou­rée de rus­tiques Hel­vètes qui n’étaient à ses nobles yeux que des manants gros­siers et sans inté­rêt, Marie-Ves­pa­sienne de Mon­tau­cul se lan­guis­sait du Paris mon­dain, pleu­rant l’ivresse d’une bien­heu­reuse futi­li­té à jamais per­due. Elle pas­sait ses jour­nées esseu­lée et désoeu­vrée dans la vaste pro­prié­té d’Ouchy, secon­dée par de nom­breux domes­tiques dont le tra­vail consis­tait à lais­ser à leur maî­tresse toute lati­tude pour ne rien faire. Mais sous ses toi­lettes raf­fi­nées, la coquine cachait une cochonne dépra­vée. une sor­cière hédo­niste assoif­fée de luxure. Aus­si eut-elle vite fait d’identifier la spé­cia­li­té sexuelle de tout un cha­cun par­mi le per­son­nel de maison..

L’abbé Ver­mot, par exemple, pré­cep­teur de ses enfants, pos­sé­dait des mains qui étaient celles-là même du Diable. L’homme sec et impuis­sant savait glis­ser avec une suave cruau­té ses longs doigts gla­cés dans cha­cun des trois trous dont la Créa­tion avait doté la Vicom­tesse. Cette der­nière fris­son­nait d’un plai­sir mal­sain lorsque le saint homme s’affairait en elle. Oscil­lant entre jouis­sance et hor­reur, elle avait la sen­sa­tion que les doigts mau­dits la four­ra­geaient jusqu’au plus pro­fond de son être et vio­laient jusqu’à son âme.
Il y avait aus­si Shin­za­bu­ro, le maître d’armes japo­nais, que les longues absences répé­tées de Bel­fiente for­çaient à une inac­ti­vi­té qu’il abhor­rait. Le pauvre homme s’était décou­vert un amour immo­dé­ré pour les vins du Lavaux et avait bien failli som­brer dans l’alcoolisme jusqu’à ce que Marie-Ves­pa­sienne décou­vrît qu’il pos­sé­dait une apti­tude natu­relle pour les cordes et les noeuds. Très au fait des plus per­verses tra­di­tions du Soleil Levant, le samu­rai s’était avé­ré Maître ès shi­ba­ri, cet art qui consiste à atta­cher et sus­pendre des corps nus à l’aide d’une corde. Il pro­cu­rait à sa proie entra­vée cette véri­table extase béate, appe­lée kôkot­su et dont la Mon­tau­cul raf­fo­lait tant.
Nous ne sau­rions les énu­mé­rer tous ici. Il suf­fit de savoir que la truie avait su s’entourer d’une légion démo­niaque et lubrique afin de satis­faire le moindre de ses pen­chants pervers.

Ceux de la vale­taille qui ne pos­sé­daient aucun talent par­ti­cu­lier que la Vicom­tesse put uti­li­ser pour son propre plai­sir, furent rapi­de­ment congé­diés. Seul Lui­gi, le cui­si­nier de souche pié­mon­taise, échap­pa à ce sort. Son père déjà cui­si­nait pour la famille de Mon­tau­cul, de sorte que Lui­gi et le Vicomte se connais­saient depuis leur plus tendre enfance. Les cou­loirs main­te­nant vides du manoir vicom­tal doivent encore réson­ner des rires de leurs jeux d’enfants, et des gémis­se­ments étouf­fés des deux gar­çons vivant leurs pre­miers émois char­nels entre com­pa­gnons de tou­jours. Un lien indé­fec­tible unis­sait les deux hommes, et jamais Hono­ré-Gon­tran n’eût accep­té que son ami se voie remercié.

L’histoire qui nous concerne se passe par une char­mante jour­née enso­leillée du beau mois de mai 1868. La Vicom­tesse se réveilla de fort bonne dis­po­si­tion ce matin-là. Après un petit-dêjeu­ner fru­gal et sain, elle s’accorda une pre­mière coupe de vin de Cham­pagne et fit man­der sa femme de chambre pour s’occuper de sa toi­lette. Eléo­nore, c’était son nom, pré­pa­ra méti­cu­leu­se­ment le bain de sa maî­tresse, ver­sant dans l’eau bouillante la dose vou­lue des dif­fé­rents sels. Quand enfin l’eau eut atteint la tem­pé­ra­ture requise, la sou­brette pria hum­ble­ment sa dame de bien vou­loir y plon­ger son corps lisse et volup­tueux, qu’elle frot­ta et lava alors avec dou­ceur et soin. La Vicom­tesse se reti­ra ensuite dans son bou­doir où elle se fit por­ter quelques vien­noi­se­ries au hashish, une drogue orien­tale qu’elle avait décou­verte à Paris grâce à Mon­sieur Bau­de­laire, un aspi­rant-poète taré et plain­tif aux vers gei­gnards. Une demi-heure plus tard, alors que le stu­pé­fiant com­men­çait à accom­plir son oeuvre néfaste, une lan­gueur irré­pres­sible s’emparait de Marie-Ves­pa­sienne qui se lais­sa aller à quelque rêve­rie éro­tique. Elle fut vite débor­dée de visions épi­lep­tiques de chairs gon­flées et humides, de trous béants ruis­se­lant de mouille et de foutre, brus­qués par des membres ten­dus ou des objets aux formes anor­ma­le­ment vicieuses. Bien­tôt le corps de la salope se ten­dit, sa chair, écor­chée vive par la drogue mau­dite, hur­lait de manque. Elle son­na fré­né­ti­que­ment Eléo­nore qui trou­va sa maî­tresse affa­lée dans son plus simple appa­reil sur le grand sofa. Le fruit enflé de désir de la Vicom­tesse déjà lais­sait per­ler son jus de baise entre les cuisses lar­ge­ment écar­tées: “Tu en as mis du temps, la souillon! Les pinces! Les pinces et la lèche!”

La putain répon­dit pres­te­ment à l’ordre de sa maî­tresse qui savait se mon­trer cruelle lorsqu’insatisfaite. Age­nouillée au pied du sofa, elle ache­va de faire dar­der les nobles mame­lons en les tri­tu­rant de trois doigts cha­cun, après quoi elle s’arma des pinces à tétons chi­noises. Eléo­nore lais­sa dou­ce­ment les embouts d’or rouge se refer­mer sur les pitons mam­maires dres­sés de l’obsédée des­po­tique. Très déli­ca­te­ment, elle sai­sit les ailettes fine­ment ouvra­gées à l’image d’ailes de papillon et com­men­ça a tour­ner, par gestes longs et régu­liers, aug­men­tant chaque fois la pres­sion de l’instrument orien­tal dément sur le doux sein. La Vicom­tesse lais­sa échap­per un râle de dou­leur alors que le pin­ce­ment se fit cruel. Elle attra­pa la che­ve­lure de sa catin qu’elle diri­gea vers sa vulve flam­boyante. Eléo­nore plon­gea sa bouche experte entre les cuisses de la Mon­tau­cul et entre­prit d’explorer les abords du sexe en sueur. Elle léchait, bai­sait, mor­dillait entre­jambe et lèvres et par­fois sa langue s’égarait dans l’anus vicom­tal ou venait fré­tiller avec légè­re­té sur son bou­ton. La Vicom­tesse se cam­bra et pres­sa plus le visage de la camé­riste contre sa chatte. D’une main Eléo­nore écar­tait petites et grandes lèvres, sa langue pré­cise se pro­me­nait le long du cli­to­ris tout en l’excitant de vives lèches trans­ver­sales qui fai­saient se tré­mous­ser et glous­ser l’enragée liber­tine. De son autre main la camé­riste avait agrip­pé la chaîne ser­tie de pierres étin­ce­lantes qui reliait les deux pinces mam­maires. Elle levait, tirait, ten­dait, éti­rait les nichons brû­lants. Bien­tôt Marie-Ves­pa­sienne explo­sa de tout son être, elle jouit lon­gue­ment et cria, le bas­sin agi­té de sou­bre­sauts. Sou­dain sub­mer­gée, elle refer­ma son entre­cuisse et envoya sa ser­vante au sol d’un coup de pied sec et ajus­té. Cette der­nière sachant son tra­vail fini, se reti­ra silencieusement.

Vivi­fiée par ce trai­te­ment, la Vicom­tesse ne sou­hai­ta pas en res­ter là. Toute fré­tillante de l’anus, elle déci­da d’aller trou­ver le gar­çon d’écurie. Elle appré­ciait en effet le vigou­reux jeune homme pour son long membre auquel le gland pro­tu­bé­rant don­nait une forme de cham­pi­gnon. D’un dia­mètre médian, il était par­fait pour la sodo­mie. Marie-Ves­pa­sienne avait tou­jours consi­dé­ré le coït anal comme la forme de contra­cep­tion la plus effi­ciente. Elle pas­sa une robe de chambre, lon­gea rapi­de­ment la gale­rie d’étage sur­plom­bant le ves­ti­bule, et pous­sa la porte de l’escalier de ser­vice qu’elle des­cen­dit en toute hâte. C’était là effec­ti­ve­ment le che­min le plus court pour atteindre les écu­ries. La Vicom­tesse ren­con­tra Berthe alors qu’elle s’apprêtait à tra­ver­ser les cui­sines. La grosse ser­vante, ren­due suante par le dur mais juste labeur déjà accom­pli depuis l’aurore, asti­quait éner­gi­que­ment une pièce d’argenterie lorsque sa patronne s’immobilisa devant elle. Le regard de la Vicom­tesse, sem­blant réflé­chir un ins­tant, se per­dit briè­ve­ment dans les vastes mamelles de la domes­tique por­cine, qui trem­blo­taient et remuaient au rythme vif du frottage.

— Laisse là ton ouvrage, inti­ma subi­te­ment la Mon­tau­cul. Je dois me rendre aux écu­ries pour quelque asti­quage bien plus essen­tiel que celui-ci, et je me sens d’humeur à subir un lave­ment préalable.
— Très bien, Madame. Si vous vou­lez bien vous rendre dans votre salle d’eau, je vous y rejoin­drai une fois que tout est pré­pa­ré pour votre service.
— Que nen­ni! Je souffre d’envies pres­santes et ne sau­rai attendre plus. Nous ferons dès lors notre affaire ici-même, en cui­sine. Mon déli­cat tré­fonds demande quelque sua­vi­té avant l’enculage, aus­si uti­li­se­rons-nous du lait d’ânesse tiède aujourd’hui.
— A votre aise, Madame, obéit Berthe qui mit le liquide à chauf­fer dou­ce­ment non sans avoir préa­la­ble­ment ajou­té la dose pres­crite d’opiacés.
— Voi­là qui me sied, approu­va la Vicom­tesse tout en s’assoyant avec élé­gance à la table de l’office. Main­te­nant apporte-moi donc cette bou­teille de por­to et un verre. Et va‑t’en qué­rir Romuald.

Berthe obtem­pé­ra avec dili­gence bien que la pré­sence de Romuald lors du lave­ment, pro­messe de souillures infâmes, ne lui dît rien qui vaille. Mais elle connais­sait la fré­né­sie hys­té­rique qui habi­tait sa maî­tresse ché­rie en cet ins­tant et savait que le plus petit contre­temps ou le moindre faux-pas, comme le lait un peu trop chaud, lui vau­draient le fouet. Ain­si fut-elle de retour sans délai, sui­vie quelques minutes plus tard de l’employé requis par sa dame. Romuald était le comp­table maso­chiste du Vicomte, un être ser­vile deve­nu rapi­de­ment la proie favo­rite des élans sadiques ponc­tuels de l’épouse de son patron. Sous ses tor­tures cruelle et inven­tives, le jeune homme fra­gile avait atteint la béa­ti­tude dans l’avilissement. Ain­si, au gré des humi­lia­tions, Romuald, ber­cé par un doux sen­ti­ment de plé­ni­tude, avait fini par trou­ver une famille chez les Mon­tau­cul. Il leur vouait une fidé­li­té et un amour cor­dial tous deux sans failles, et lut­tait avec fougue et pas­sion pour la san­té et la pros­pé­ri­té finan­cières de ses maîtres. Il trou­va la Vicom­tesse pen­chée sur la grande table de l’office, son verre de por­to dans une main et la bou­teille dans l’autre. Berthe avait déjà rele­vé la robe de chambre, révé­lant le cul dres­sé et impa­tient de l’odieuse patri­cienne qui inti­ma: “Retire tes frusques, porc. Et allonge-toi dos au sol. Suite au lave­ment, je t’offrirai le sacri­fice eucha­ris­tique de mon fondement.”

Berthe s’en alla cher­cher la cas­se­role de lait tiède opia­cé et la pla­ça idéa­le­ment pour l’ouvrage à venir. Elle ouvrit ensuite l’imposant buf­fet dont elle tira la poire à lave­ment fami­liale en por­ce­laine de la manu­fac­ture Royal Limoges. Enfin, elle dépo­sa un petit tabou­ret juste der­rière la Vicom­tesse. Mais sou­dai­ne­ment cette der­nière s’offusqua en consi­dé­rant le corps mince et main­te­nant nu de Romuald, cou­pant net la ser­vante dans son tra­vail: “L’ignoble pour­ceau bande déjà! Je ne goûte nul­le­ment que cet étron éprouve un quel­conque plai­sir sexuel durant l’opération. Berthe, Berthe, Berthe! Règle-ça! Et avec dili­gence! Par tous les dieux!” Osten­si­ble­ment irri­tée par cet impré­vu, ladite Berthe posa la poire et rem­por­ta en sou­pi­rant la cas­se­role à tem­pé­rer. Elle glis­sa le petit tabou­ret à por­tée du jeune homme trem­blant, y assit sa croupe grasse et entre­prit de tra­vailler à la main le petit pénis dar­dant du comp­table. Bien vite, elle asti­qua avec véhé­mence sa pine qui se ten­dit à l’extrême. Mais bien­tôt la véhé­mence devint vio­lence et le pauvre gar­çon lais­sait échap­per maints gei­gne­ments tan­dis que la grue obèse le bran­lait bru­ta­le­ment de sa main rêche et bou­di­née. Romuald se mor­dait la lèvre infé­rieure pour répri­mer tout cri lorsque sa queue rou­gie, sai­sie de spasmes, exha­la dou­lou­reu­se­ment de longs jets de semence.
L’esclave avait pour inter­dic­tion for­melle de se mas­tur­ber ou de for­ni­quer afin de conser­ver l’entier de son liquide sémi­nal pour sa maî­tresse. C’était là l’une des nom­breuses direc­tives qui peu­plaient son quo­ti­dien et aux­quelles il obéis­sait scrupuleusement.

Sa besogne ain­si ache­vée, Berthe essuya le foutre de sa main sur le visage de Romuald ain­si que sur sa che­ve­lure qu’elle agrip­pa ensuite pour pro­je­ter sa vic­time à terre: “Net­toie-moi c’te crasse mènant.” Le comp­table entre­prit de lécher conscien­cieu­se­ment le sperme répan­du sur le sol de la cui­sine et Berthe put enfin se consa­crer à sa maî­tresse. Bien ins­tal­lée à hau­teur du noble cul, elle en écar­ta les fesses, dévoi­lant l’oeillet affa­mé qui sem­blait pul­ser de désir. Elle dépo­sa une belle motte de sain­doux à son entrée et enfon­ça enfin la poire à lave­ment dans le fion de la Vicom­tesse. Celle-ci sou­pi­rait d’aise alors que le liquide lui péné­trait lan­gou­reu­se­ment l’anus pour se déver­ser dans sa panse. Berthe répé­ta encore maintes fois l’opération jusqu’à ce qu’après l’ultime poire, sa dame, enfin, exha­lât en un long râle: “Aaaaarr­rh, oui, je suis pleine, aaah…”
La Vicom­tesse avait lais­sé tom­ber son verre de por­to, elle pous­sait de rauques sou­pirs alors que son trou de cul lais­sait échap­per moultes petites fla­tu­lences mouillées. Elle se rele­va, les entrailles gavées et dégou­li­nantes, et alla se pla­cer jambes écar­tées au-des­sus du visage de Romuald, main­te­nant éten­du dos au sol sur le froid car­re­lage. Aus­si­tôt une cas­cade infâme de diar­rhée lai­teuse se déver­sa sur la gueule et dans la bouche de son esclave qui, sai­si d’un irré­pres­sible haut-le-coeur, éruc­tait bruyam­ment alors qu’il ava­lait l’atroce nec­tar anal.

C’est alors que Marie-Ves­pa­sienne déchar­geait bruyam­ment une der­nière dégou­li­nade rec­tale que Lui­gi sur­git fort inop­por­tu­né­ment dans la cuisine:

— Dis­gra­zia­ta! Mignot­ta! Quand le Vicomte sau­ra quelle gueuse nym­pho­mane tu es, il en sera fini de toi, sgualdrina!
— Com­ment oses-tu, lar­bin! user d’un tel ton envers ta maîtresse?
— Tu seras chas­sée, jetée à la rue sans le sou. Haaaaa ha, tu pour­ras enfin accom­plir ton des­tin de traî­née! Retourne donc dans ce Paris que tu ché­ris tant! Un bor­del, sans doute, accep­te­ra une déchue de la haute pour y vendre sa chair, qui bien vite se flé­tri­ra sous les abus des consom­ma­teurs vicieux. Alors ta vraie nature se révé­le­ra au monde, lorsqu’enfin tu ne seras plus qu’un sac à foutre informe et fané. Alors, oui alors Hono­ré-Gon­tran recon­naî­tra ma fidé­li­té et ma flamme, pures et intactes mal­gré les années d’attente et de frus­tra­tion, et alors oui, oui nous pour­rons nous aimer, libres, enfin, pour tou­jours et à jamais!!!

Lui­gi sor­tit comme par magie une pointe sèche de sous sa toque de chef, s’empara d’une large poêle en cuivre et entre­prit d’y gra­ver fidè­le­ment la scène mons­trueuse dont il venait d’être le regret­table témoin. La pho­to­gra­phie était alors encore l’affaire de quelques rares scien­ti­fiques. La Vicom­tesse per­dit pied bru­ta­le­ment. Elle se sai­sit de l’attendrisseur à viande et se rua, nue et hur­lante, sur l’injurieux cui­si­nier homo­sexuel. Elle bran­dit haut le lourd maillet métal­lique au moyen duquel elle défon­ça d’un geste ample le crâne pié­mon­tais, qui écla­ta comme une pas­tèque trop mûre.

Le corps de l’homme s’écroula comme une chiffe molle. Une immense mare de sang s’écoula de la ruine de tête encore accro­chée au reste de la per­sonne. La Vicom­tesse res­ta immo­bile, livide, chan­ce­lante dans sa chair et dans son esprit niant la nature bien réelle du cadavre muti­lé qu’elle consi­dé­rait l’oeil vide… “Madame, Madame! Le Vicomte!”

Des appels et des pas rapides reten­tirent dans le cou­loir menant à l’office au sol bai­gné de sang, de bouts de cer­veau, de frag­ments osseux et de jus intes­ti­nal lac­té à la merde et à l’opium. Il y en avait jusque sur les murs. Marie-Ves­pa­sienne retrou­va sou­dain sens et rai­son: “Ecou­tez-moi bien. Il en va de notre vie à tous. Berthe, vois ce qu’il en est de ce tapage domes­tique et débar­rasse-nous de tout impor­tun. Romuald, net­toie avec élan, fais dis­pa­raître les traces com­pro­met­tantes de ce fâcheux incident!”

Le comp­table n’avait de sa vie jamais res­sen­ti ter­reur si épou­van­table. Nu, sali et trem­blant, il s’était recro­que­villé dans un coin sombre et ser­rait contre lui le seau d’ordures ali­men­taires des­ti­nées aux cochons en pleu­rant. Mais aux ordres dic­tés par sa maî­tresse, la nature maso­chiste du gar­çon reprit le des­sus, enfouis­sant l’effroi et l’horreur du moment dans quelque obs­cur repli secret de son âme déjà sor­dide et per­tur­bée. Il se mit pres­te­ment à quatre pattes et entre­prit de lécher, à nou­veau, le sol de la cuisine:

— Ver­tu­dieu, mais cesse donc, imbé­cile! Tu ne par­vien­dras jamais à tes fins de la sorte, va trou­ver Eléo­nore et por­tez tous deux ici les eaux de mon bain mati­nal, ain­si que force chiffons.
— Madame, me voi­ci por­teuse de nou­velles graves que je tiens de Wil­frid-Sieg­frid, s’exclama Berthe, de retour de sa brève enquête.
— Eh bien parle, la gueuse! Quel est donc cette chose si ter­rible qui tant trouble notre teu­tonne tante domestique?
— Votre époux, Madame, est de retour plus tôt que pré­vu. Mon­sieur le Vicomte est arri­vé tan­tôt par la dili­gence pos­tale de Coire. Il sera en ces murs avant peu.
— Cette chose au sol, qu’est-ce donc? L’un de tes tristes haillons?
— Un sac de patate vide, Madame.
— Eh bien porte-le céans, et munis-nous d’outils pour décou­per le cadavre de l’italien en pièces telles que nous puis­sions les y fourrer.
— Nous voi­là, Maî­tresse, annon­ça Romuald qui, de retour, por­tait avec Eléo­nore la bai­gnoire encore rem­plie de la Vicom­tesse, ser­viettes et draps.
— Oh mon Dieu, qu’est-il adve­nu en ces lieux, s’exclama la camé­riste man­quant de défaillir?
— J’ai deman­dé à Berthe d’apprêter un san­glier pour le retour de Mon­sieur, répon­dit vive­ment sa patronne. Mais l’animal était sau­vage et a fait montre de vio­lence. Il s’est tant et tant débat­tu que nous avons dû l’achever.
— Un san­glier, apprê­té de la tenue de Luigi?
— Une bête effec­ti­ve­ment démo­niaque, certes!

Armées de hachoirs, de scies et de maillets, Berthe et Marie-Ves­pa­sienne se mirent à l’oeuvre, bri­sant et tran­chant la dépouille de l’infortuné cui­si­nier. Autour des deux femmes dia­bo­liques, Eléo­nore et Romuald épon­geaient et récu­raient avec pas­sion, por­tés par une sainte fer­veur que seuls connaissent les humbles qui, comme eux tou­chés par le Sei­gneur, ont reçu Son don sous la forme de cette incli­nai­son natu­relle à ser­vir leurs supé­rieurs dans la fidé­li­té béate et la joie ser­vile. La Vicom­tesse se féli­ci­ta en cet ins­tant pré­cis d’avoir su choi­sir sa vale­taille avec la plus émi­nente sagesse.

Une fois les restes dépe­cés de Lui­gi dûment ran­gés dans le sac à patates, Berthe se vit ordon­ner de faire dis­pa­raître à jamais l’embarassant far­deau, Eléo­nore et Romuald, quant à eux, furent som­més de quit­ter promp­te­ment les lieux avec la bai­gnoire main­te­nant rem­plie de ser­viettes ensan­glan­tées. Les domes­tiques par­tis, la cui­sine avait l’air ma foi très conve­nable. La Vicom­tesse scru­ta très pré­ci­sé­ment la pièce pour s’assurer qu’il ne res­tât nulle trace de son méfait. Alors qu’elle jetait un oeil sous la grande table, elle fut sai­sie d’une ter­reur telle que son sang se gla­ça: l’on avait oublié là un atroce mon­ti­cule, un mon­ceau de restes broyés de Lui­gi. Sur le haut du tas san­gui­nolent, pris dans l’amas de cer­velle, de débris osseux et de che­veux, saillait un oeil: de l’au-delà, le mal­heu­reux cui­si­nier sem­blait fixer sa meur­trière, la mau­dis­sant d’un ultime regard cour­rou­cé. Prise de panique, la vilaine dame s’empara d’une cuvette qu’elle emplis­sait, à main nue, de la masse san­glante, lorsqu’elle se vit ain­si apostrophée:

— Eh bien eh bien, ma très chère épouse! Je venais aux nou­velles auprès de Lui­gi et je vous trouve céans en fort gênante pos­ture. Sous la table la croupe en l’air! Voi­là qui est bur­lesque. Sachez, Madame, que je piaffe d’impatience, tel un jou­ven­ceau, à l’idée de vous mon­ter pro­chai­ne­ment. Les catins sémites que j’ai fré­quen­tées lors de mes récents voyages se sont avé­rées las­santes sur la longueur.
— Hono­ré-Gon­tran, mon cher! Quelle joie de vous voir ren­tré en ce jour, men­tit la Vicom­tesse en se rele­vant la cuvette à la main.
— Il est peu com­mun de vous voir à l’office. Mais que tenez-vous là? Quelle est donc cette mys­té­rieuse éla­bo­ra­tion culinaire?
— Ah, ceci… ceci, figu­rez-vous, est une surprise.
— Vous m’excitez, Marie-Ves­pa­sienne, vous me titillez! Allons, dites m’en davan­tage, j’insiste: que diable tenez-vous là?
— Ceci, Mon­sieur, est de la chair à sau­cisse, décla­ra Berthe, dont le retour très pro­pice sau­va la Vicom­tesse de l’embarras.
— Tiens donc. Une recette de ce brave Luigi?
— Ah non, Mon­sieur, c’est une recette que nous avons éla­bo­rée avec Madame pen­dant que vous étiez loin, aus­si vrai que j’vous l’dis! De la sau­cisse à la cer­velle exprès pour vous, qu’elle vou­lait Madame!
— Certes, mon ami, pour­sui­vit la Vicom­tesse. Et pré­ve­nue de votre retour pré­ma­tu­ré, j’ai déci­dé d’aider Berthe à confec­tion­ner de ces sau­cisses… moi qui enten­dais vous gra­ti­fier d’une sur­prise, j’ai failli.
— Allons, allons, ma femme ché­rie, ne vous lamen­tez pas. Votre amour pour moi vous rend infi­ni­ment inven­tive et votre atten­tion m’émeut sin­cè­re­ment: appre­nez que je me réjouis de dégus­ter votre créa­tion! Mais pour l’heure, où est donc ce char­mant coquin de Wil­frid-Sieg­frid? J’ai mille anec­dotes à lui dic­ter, mais en sa com­pa­gnie je com­men­ce­rais bien par une décoc­tion de feuilles de coca, sui­vie d’une par­tie de boxe fran­çaise autour d’une bou­teille de mezcal.

Le Vicomte tour­na alors les talons sans plus un mot et quit­ta les deux femmes en appe­lant avec insis­tance son loyal secré­taire féru de noble art et de stu­pé­fiants exotiques.

Toi qui me lis, reprends espoir! Le pire pour toi est pas­sé car nous voi­là bien­tôt arri­vés au terme de cette sor­dide histoire.
Une fois Bel­fiente par­ti trou­ver Wil­frid-Sieg­frid, la Vicom­tesse, mal­gré tout très cho­quée par les récents évé­ne­ments, se reti­ra dans ses appar­te­ments où elle s’enivra métho­di­que­ment de cham­pagne ral­lon­gé de liqueur de fram­boise. Berthe s’en alla broyer encore plus les der­niers restes de Lui­gi jusqu’à l’obtention d’une chair rose et onc­tueuse dont elle confec­tion­na d’épaisses sau­cisses lisses et brillantes. La ser­vante les mit à cuire mais se trou­va bien emprun­tée lorsqu’il fal­lut com­po­ser un plat. Elle tira du seau aux cochons des pommes de terre du dîner de la veille qu’elle jeta dans un plat. Elle y incor­po­ra les sau­cisses en tranches, ajou­ta per­sil fri­sé et cibou­lette pour enfin noyer le tout sous une mayon­naise à son image, grasse et puante. La Vicom­tesse, bien sûr, n’ignorant rien de la com­po­si­tion des sau­cisses, pré­tex­ta une quel­conque indis­po­si­tion pour ne pas avoir à y goû­ter. Le Vicomte, qui était un piètre palais, fut trans­por­té par le repas de la grosse Berthe. Il ne taris­sait plus d’éloge sur cette nou­velle sau­cisse inven­tée par sa femme. Il la jugea si déli­cieuse que, dès le len­de­main il en fit bre­ve­ter la recette sous le nom de “cer­ve­las”.

L’ignominieuse sau­cisse a depuis connu bien des déboires. Elle ne contient par exemple plus de cer­velle, un élé­ment de sa com­po­si­tion vec­teur d’humeurs ani­males sou­vent fatales à l’homme.
Mais le cer­ve­las, envers et contre tout, n’a jamais ces­sé d’exister depuis ce sombre jour de mai 1868. Dès lors, des géné­ra­tions de jeunes Suisses ont dû régu­liè­re­ment se sus­ten­ter de cette immon­dice, cette géhenne gas­tro­no­mique qu’est en réa­li­té la salade de patates au cer­ve­las. Tant et tant de jeunes gens ont souf­fert, et souffrent encore, l’inique mar­tyr culi­naire trou­vant son ori­gine dans le meurtre infect com­mis par une sor­cière obs­cène oubliée de tous nom­mée Marie-Ves­pa­sienne de Montaucul.

© Edi­tions Lubric-à-Brac Pro­duc­tions / août 2020

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