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BD-Cul et un peu de révolution sexuelle

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Cette semaine, deux sug­ges­tions de lecture.

«Sophie posa ses pieds nus sur les deux marches en faïence et, rele­vant sa che­mise de nuit, s’accroupit. Tan­dis que le jet venait frap­per la cuvette, elle glis­sa un doigt dans sa fente et, le por­tant à sa bouche, le suça», la pre­mière phrase de Pompe le mousse, de Hurl Barbe, un roman de La Bri­gan­dine 

 Coup de frein sur la côte

«Il te les faut tous! Plus de 7000 heures de bran­lettes!», vante la pub au dos du livre.  Le nou­veau volume de BD-Cul, le 12e, vient enfin de paraître. «Coup de frein sur la côte», de Roxane Lume­ret, conte les aven­tures de Juju, une jeune fille bien délu­rée qui, sur la côte atlan­tique fran­çaise, s’inscrit à l’auto-école et pra­tique le sexe comme d’autres res­pirent: le plus natu­rel­le­ment du monde et très régu­liè­re­ment. C’est déli­cieu­se­ment cochon et, comme d’habitude avec BD-Cul (sou­ve­nez-vous, je vous ai par­lé des 11 albums pré­cé­dents), le sexe est à la fois amu­sant et liber­taire. Ça fait ban­der, ça fait mouiller.

Coup de frein sur la côte, 120 pages, Edi­tions Les Requins marteaux

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Liberté, égalité, sexualité

Bel album bien illus­tré, ce livre de Marc Lemo­nier, paru à La Musar­dine, explore les révo­lu­tions sexuelles en France de 1954 à 1986. «Voi­ci le récit de la paren­thèse enchan­tée, cette période d’insouciance durant laquelle la France vécut au rythme de la révo­lu­tion sexuelle», écrit l’auteur dans sa pré­face. Celles et ceux qui sont nés après cette époque vont décou­vrir que la sexua­li­té est aus­si (sur­tout?) une lutte poli­tique et cultu­relle, une reven­di­ca­tion révo­lu­tion­naire. Que les auto­ri­tés – toutes les auto­ri­tés, de droite comme de gauche, poli­tiques, reli­gieuses ou éco­no­miques – font tout pour la cana­li­ser, pour l’empêcher de dyna­mi­ter l’enclos patriar­cal qui nous main­tient captifs.

Strip-tease, por­no, échangisme
Dans «Liber­té, éga­li­té, sexua­li­té», on ren­contre Rita Renoir, «tra­gé­dienne du strip-tease», les pin-up de Lui, Bar­ba­rel­la, la Pau­lette de Pichard, Emma Peel, Emma­nuelle, Bri­gitte Lahaie. On voit l’apparition du mono­ki­ni, de l’échan­gisme, des sex-shops. On se sou­vient de la grande époque du por­no à la fran­çaise, des luttes pour le droit à l’avortement. J’y ai retrou­vé Clau­dine Bec­ca­rie, la pre­mière porn star fran­çaise, et le film «Exhi­bi­tion» que je vis, fas­ci­né, à 17 ans.

PD!
Il est aus­si bien sûr ques­tions des luttes des homo­sexuels, qui, à la fin des années soixante, ne sont pas encore embour­geoi­sées, récu­pé­rées et nor­ma­li­sées: «Nous vou­lons détruire la famille et cette socié­té parce qu’elles nous ont tou­jours oppri­mé, écrit Guy Hoc­quen­ghem, le 23 avril 1971, dans le mani­feste du FAHR (Front homo­sexuel d’action révo­lu­tion­naire). Ajou­tant: «Nous reven­di­quons notre sta­tut de fléau social jusqu’à la des­truc­tion com­plète de tout impérialisme».
Il y a un cha­pitre sur Michel Fou­cault et un autre sur Wil­helm Reich qui font mesu­rer toute l’inanité de la sexo­lo­gie média­tique d’aujourd’hui.

Un poi­reau dans le cul
Le cha­pitre que j’ai pré­fé­ré est celui qui concerne le hap­pe­ning don­né le 4 avril 1966 à Paris et qui «s’achève par l’arrestation de son auteur, Jean-Jacques Lebel». Voi­là quelques exemples de ce qui s’y est dérou­lé: une jeune fille nue a uri­né du bal­con sur les spec­ta­teurs; un trans­sexuel s’est auto-sodo­mi­sé avec des poi­reaux et des carottes offerts ensuite au public, avant d’être sau­pou­dré d’une pluie de sucre imbi­bé de LSD; la pis­seuse, affu­blée d’un masque de Géné­ral de Gaulle, s’est éten­due nue sur un autel où son corps a été recou­vert de crème chan­tilly aus­si­tôt léchée par les spec­ta­teurs et les spectatrices…

Opti­miste auteur
«Que reste-t-il de l’aventure?, s’interroge l’auteur dans la post­face. S’agissait-il bien d’une révo­lu­tion?» Il répond par l’affirmative, concluant: «Toutes les liber­tés ont été conquises. Il ne reste plus qu’à les défendre». Je ne par­tage pas son opti­misme. Quelle liber­té sexuelle peut-il y avoir dans une socié­té mar­chande? Quelle liber­té tout court?

Du sexe, oui, mais aus­si du cul!
Plu­tôt que comme un album de sou­ve­nirs agréables, il faut voir «Liber­té, éga­li­té, sexua­li­té» comme un mode d’emploi et un rap­pel, comme un encou­ra­ge­ment, comme une invi­ta­tion enthou­sias­mante, liber­taire et liber­tine à pour­suivre la conquête de notre liber­té. Du sexe, oui, mais aus­si du cul!

Liber­té, éga­li­té, sexua­li­té. Révo­lu­tions sexuelles en France 1954–1986, 192 pages, La Musardine 

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Rita Renoir
Monique Bride-Eti­vant (1934–2016), alias Rita Renoir, vedette du Cra­zy Horse Saloon à 22 ans.
Emma Peel, Diana Rigg
Emma Peel, incar­née par Dia­na Rigg, repré­sente, en 1967, le Girl Power.
La carmélite transsexuelle Cynthia et son poireau.
La trans­sexuelle Cyn­thia et son poireau.
Brigitte Lahaie
Bri­gitte Lahaie: “Le 6 février 1976 fut une jour­née capi­tale de ma vie. Je fis à la fois mes débuts dans le ciné­ma éro­tique et mes pre­miers pas dans l’univers très par­ti­cu­lier des par­touzes et autres orgies géné­ra­le­ment nocturnes”.

Les Lau­san­nois ont de la chance , ils peuvent trou­ver ces deux livres chez HumuS (les Lau­san­noises aussi).

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Une réflexion sur “BD-Cul et un peu de révolution sexuelle

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